jeudi 24 novembre 2016

Ecrire pour de bon - Article 3 : Peut-on écrire TROP PEU ? - Novembre (3)

Bonjour!

Suite à l'article d'hier, j'ai eu de nouvelles discussions avec les collègues au sujet d'écrire trop, ou trop peu

S'il s'avère qu'on est pas tous d'accord sur ce que signifie écrire "trop", les avis se rejoignent pour dire que la quantité ne signifie rien si elle n'est pas accompagnée d'une volonté de progresser. Cependant, deux choses ont été portées à ma connaissance qui m'ont interpellée. Sara Doke, -qui est une autrice que j'aime beaucoup- m'a opposé les scripturaux et les structuraux qui, avec les architectes et les jardiniers dont on n'avait parlé ici et , définissent les grands types d'auteurs. Je me pencherai dessus, parce que ça à l'air super intéressant. 

Mais d'abord, Mélanie Fazi -qui est une autrice que j'aime beaucoup aussi- m'expliquait que elle, ce qui l'avait fait culpabiliser au départ c'était le fait qu'elle écrivait justement très peu. Or s'il y a bien un truc contre lequel je lutte, c'est tout ce qui peu brider/bloquer l'effort d'écriture. Démontrons donc ensemble pourquoi il est donc -aussi- absurde de dire à quelqu'un qu'il écrit trop peu. 
  



Voilà, en fait. Pour les pressés, TOUT se résume à ça. 



1. Connais-toi toi-même, toujours. 

Je vais redire ici en premier ce que je disais la dernière fois à la fin: ce qui importe, c'est de se connaître soi-même, ses pratiques et ses limites. C'est aussi savoir reconnaître quand on les franchit, et donc quand on produit un travail qui ne nous correspond plus. Comme il peut être néfaste de se ralentir volontairement, il peut être mauvais de chercher à produire plus que ce que l'on a envie de produire.

Pour ma part, parce que je ne prêche toujours que pour ma paroisse, je sais que mon travail passe par la création de masse. Mais je ne suis pas vous, je ne suis pas les autres, et je sais qu'il y a des gens qui ont besoin de s'immerger complètement dans un univers quand ils sont dans la création de celui-ci. Ce n'est pas mon cas, mais ça ne signifie pas ni ne signifiera jamais que l'une des deux façons de faire est meilleure que l'autre

Apprendre à se connaître, c'est aussi trouver son propre mode de fonctionnement, et être en paix avec. Ne culpabilisez pas d'écrire peu. Ne culpabilisez pas d'écrire beaucoup. Ne culpabilisez pas tout court. 




Le temple d'Apollon à Delphes, comme ça, en passant




2. L'absence de compétition

Parce que ce n'est pas une course. Vous n'avez rien à prouver à personne, ni dans un sens, ni dans l'autre. A la limite, vous avez votre panel d'histoires à raconter et c'est à lui que vous devez quelque chose. Pour le reste, vous ne devez rien. Vous n'êtes en compétition avec personne. 

Il  n'y a rien à gagner à écrire plus/moins que le voisin. Présumer de la qualité des écrits en fonction de leur quantité est ce qui, à mon sens, n'en fait pas. (ahah) Et même là-dessus, vous ne seriez en compétition avec personne. Vous écrivez ce que vous voulez écrire. Et quand bien même votre volonté c'est d'écrire pour gagner tous les prix littéraires de la création, allez-y. 

Faites ce qui vous fait ENVIE, et si vous y mettez de la passion, alors vous avez tout mon soutien! 



Comme vous voulez, c'est très bien. 



3. Refuser la contrainte

L'envie! N'oublions pas que c'est le premier moteur de l'écriture. L'idée, et l'envie. De la même façon que je trouve déplacé qu'on vienne vous dire que vous produisez trop, je trouve assez malvenu qu'on essaie de vous forcer à produire plus en vous disant sans doute dans les deux cas, ce qui est rigolo, que c'est "ce que vous devez faire" pour progresser/avancer/écrire mieux/rayer la mention inutile. 

Says WHO ?

Vous ne "devez" rien. Suivez votre propre instinct. S'il vous dit d'écrire plus, écrivez plus. S'il vous dit de prendre votre temps, prenez-le. Vous êtes le seul dans vos bottes. 



Non mais. 


4. L'idée et sa réalisation

Alors pourquoi est-ce que certain produisent plus et d'autres moins et pourquoi ce n'est pas grave? 

Parce que ce qui compte, c'est votre idée, et sa réalisation. Là encore, je vais parler pour moi: la quantité de livre que je me dois d'écrire est nécessairement liée à la quantité d'idées qui poussent derrière. Mais si j'avais moins d'idées, genre une ou deux par ans, est-ce que j'écrirai autant? Ben je ne crois pas, non. 

Je crois que nous ajustons tous notre temps disponible au nombre d'idées disponibles également. Et le fait d'avancer plus ou moins vite n'est donc pas nécessairement lié au fait que nous souhaitons progresser le plus vite possible (ou pas) mais au fait que nous avons envie de passer d'une histoire à l'autre. Or pour les gens qui sont immergés à fond dans un univers à chaque fois qu'ils sont dans la rédaction d'icelui, RIEN ne pousse derrière puisqu'ils sont... immergés à fond. DONC, ils peuvent prendre tout leur temps.

CQFD. 



Du moment que vous écrivez, hein... 




5. De l'immersion dans un univers. 

Je compare souvent mon imaginaire à un couloir d'hôtel. Visualisez Shining, ce sera parfait. Pour moi, écrire consiste à ouvrir une porte. Mon univers est là derrière, qui m'attend. Et si le lendemain je veux écrire autre chose, j'ouvre une autre porte et c'est parti. Pour moi, ça se limite à ça, ce qui fait que je peux sans stress écrire sur deux/trois histoires en même temps. Notez que je suis pareil avec la lecture: je peux lire deux/trois romans de front sans me perdre jamais. 

Mais ce n'est pas parce que je fonctionne comme ça que c'est une règle générale, loin de là. Je connais plein de gens qui, lorsqu'ils écrivent, on besoin de s'immerger entièrement. de penser, rêver, manger, écrire uniquement sur le projet sur lequel ils sont. Pour eux, leur monde c'est l’hôtel, toutes ses chambres et le jardin. Et au prochain projet, ils changeront d’hôtel. Et c'est très bien.


Chacun fonctionne comme il veut, on a dit.



Hin hin hin...



6. La flamme et le travail, le retour

Si vous vous forcez à produire plus que ce dont vous avez envie, forcément, ça ne va pas le faire. De la même façon que si vous vous ralentissez artificiellement, accélérer artificiellement ne donnera sans doute aucun résultat tangible et risquera pareillement d'endommager l'étincelle, voire d'étouffer la flamme. 

La contrainte est un frein puissant. Bien sûr, il faut toujours se donner un coup de pied au derrière pour avancer au jour le jour, mais il ne s'agit pas de produire des livres juste pour produire des livres, alors qu'on n'a pas envie de les écrire!






7. Muse n'est pas corvéable à merci

De toute façon, vous risquez fort de ne pas avoir d'idée si vous essayez de vous forcer à quoi que ce soit: Muse peut mettre le pied dans la porte chez certains, chez d'autres c'est pour mieux s'installer dans le canapé et boulotter du pop-corn en attendant de vous fournir du grain à moudre.

On ne contrôle pas ses idées. Et si vous en avez beaucoup, ou peu, vous ne pouvez pas ni accélérer ni ralentir le processus. Quand bien même, vous ne pourriez pas non plus adapter votre rythme d'écriture s'il ne correspondait pas à la quantité proposée (tout au plus pourriez-vous essayer). 



L'esclave n'est pas celui u'on croit


8. Le progrès par l'investissement

Quand je parlais du fait d'écrire beaucoup pour progresser, j'aurais pu aussi bien parler du fait de s'investir beaucoup. Parce que c'est davantage une question d'investissement que de pages noircies. C'est combien d'heures passées à la table de travail, combien de minutes passées à réfléchir à un problèmes, et tous les jours revenir à la charge quand on en a le temps (et l'envie). 

Mais les gens qui travaillent sur un projet unique ne sont pas forcément oisifs. Le temps passé à mûrir un projet est un temps qui compte pareil. 



C'est tout. 



9. La démonstration par l'exemple

Oui, j'aime aussi des auteurs qui publient peu. Beaucoup.  


Harper Lee - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, et un quelques autres œuvres

Emily Brontë - Les hauts de Hurlevent (Oui, bon, elle est morte jeune, mais même.)

J.R.R Tolkien - Le seigneur des anneaux et tout ce qui tourne autour. (Comment ça on peut pas dire peu? Moi je dis, ça compte pour un.)

Patrice Suskind - Le Parfum et quelques autres œuvres en roman, nouvelles et scenarii. 





10. C'est toujours Nano. Au boulot! 


Voilà. Deal with it, et surtout, écrivez comme vous le sentez. 

On se retrouve vite.


Andoryss





mercredi 23 novembre 2016

Ecrire pour de bon - Article 2: Peut-on TROP écrire? - Novembre (2)

Bonjour à tous!


Plusieurs fois, à l'occasion, en papotant avec des collègues auteurs, j'ai entendu cette remarque à propos d'un(e) autre collègue: "Machin(e) écrit trop, il/elle va abîmer sa plume, ses livres seront moins bon." 

Cela soulève chez moi des vagues de questions et beaucoup de perplexité. Généralement, comme je ne suis pas trop du genre à entrer dans le débat, je me contente d'un "ah bon?" et je laisse mon interlocuteur/rice poursuivre son raisonnement. Sauf qu'en fait, plus j'y pense, et plus cette assertion me semble erronée. 

A l'heure où le Nano se termine et où, ici et là, on voit encore des gens -qui n'ont jamais été forcé de le faire par qui que ce soit- cracher dessus -quand personne ne leur a demandé leur avis-, je me suis dit que je pouvais aussi, à mon échelle, défendre ce en quoi je crois. 




L'essentiel étant: écrivez-vous? 





1. La pratique te rend rarement plus mauvais dans ton art

Je sais que ça a l'air idiot, dit comme ça, mais c'est mon point numéro un. Prenez un artiste ou un artisan, n'importe lequel. Entre celui qui abat un max de travail, bosse sans relâche, se lève la nuit parce qu'il a eu une idée, recommence cent fois ce qu'il a échoué, et celui qui passe son temps à réfléchir à comment il va faire L'OEUVRE, eh bien, ma foi, je sais sur lequel je mise pour avoir un truc qui pète. Et ce n'est pas sur le second. 

Travailler davantage nous rend meilleur dans notre travail. Je ne vois pas pourquoi l'écriture ferait exception. Pour moi, cette exception est française, c'est la même qui veut qu'on ne puisse pas apprendre à écrire, que c'est un "don" qui se "cultive" et qui se nourrit de l"inspiration". Je ne suis pas d'accord avec ça. J'ai plus confiance en des heures passées à m'interroger sur mes pratiques, user des clavier et noircir des pages pour progresser qu'en une quelconque illumination soudaine qui me fournirait la "grâce". 



VOILA





2. La flamme et le travail

Alors du coup, on peut s'interroger sur le fait de transformer sa passion en travail. Point que j'ai développé beaucoup moi-même, vu que j'ai fait le choix de m'orienter vers des études scientifiques plutôt que littéraire justement pour ne PAS transformer ma passion en travail. Donc, l'idée, ce serait que pour que la passion reste intacte, il ne faudrait pas la travailler? 

Non. 

Je n'ai pas dit ça. Ce que je craignais, c'est d'être forcée à. C'est la notion de contrainte qui m'effrayait, et qui à terme, aurait étouffé l'étincelle de l'envie dont nous parlions dans une note précédente. Je ne le souhaitais pas. 

Mais tant qu'on n'est pas contraint, tant qu'on a envie d'écrire, tant qu'on se met à sa table de travail avec plaisir, alors toute écriture, tout roman, toute ligne inscrite sur l'écran est un plus, et pas un moins. N'allez pas vous frustrer sous prétexte qu'il ne faudrait pas "trop écrire!". Says who?  



En plus. 




3. La théorie des 10 000 heures 

Le père de cette théorie est Anders Ericsson. Il explique qu'il faut du temps, beaucoup de temps, pour atteindre l'excellence dans un domaine particulier. Bien sûr, c'est du temps qu'on accepte de consacrer à ce domaine, cela concerne donc très souvent les gens passionnés. Et comme dit Eric Chouinard dans son analyse de cette théorie:

"Ainsi pour moi, ces 10 000 heures de pratique sont en réalité un baromètre de travail acharné et de dévouement. En effet, il ne suffit pas de faire la même chose pendant 10 000 heures, soit 10 ans à 20h par semaine ou 5 ans à temps plein... Il faut aussi augmenter le niveau de difficulté lorsque l'on fait du progrès afin de devenir encore meilleur. Et quand les choses sont plus difficiles, il y a plus de chances que l'on tombe. 

Terminer ces 10 000 heures c'est donc apprendre à tomber, à se relever, à capitaliser sur les leçons tirées de ses erreurs et de recommencer coûte que coûte. Les 10 000 heures de pratique aident évidemment à la maîtrise d'une discipline donnée mais par-dessus tout, c'est la détermination farouche de ceux et celles qui entreprennent un programme intensif qui fera en sorte qu'ils se distingueront du commun des mortels." 


Bon, même si on aspire pas forcément à se distinguer du commun des mortels, si on aspire juste à progresser, ce progrès là passe par le travail. Et là, vous commencez à me connaître: vous reprendrez bien un coup d'Ira Glass



Quand vous la connaîtrez par cœur, j'arrêterai, promis


4. Le don et ce qu'on en fait

Oui mais voilà, en France, les artistes sont une classe à part. Les artistes sont des gens bénis par les fées marraines qui se sont penchées sur leur berceaux et qui leur ont attribué un "don" dont il serait fort mal avisé d'abuser. Les artistes ne doivent pas trop produire, sans quoi leur production perd de sa valeur, selon le bon vieil adage de "ce qui est rare est cher" (et ne me parlez pas du cheval borgne). 

Ici, j'aurais voulu vous retrouver une page de blog BD d'un dessinateur confronté à une mère de famille le voyant faire des croquis au zoo. Malheureusement, comme je n'ai pas retrouvé la BD, et vous m'en voyez fort marie parce que je ne peux donc pas citer l'auteur. Ami lecteur, si tu vois de quoi je parle, un lien serais bienvenu. Mais bref. 

Notre dessinateur dessinait les animaux au zoo. Un mère vint à passer qui lui dit qu'il a un don. Le dessinateur de répondre que oui, sans doute au début, mais que tous les enfants savent dessiner à peu près à un certain âge, et que seuls continuent ceux qui ont envie de fournir les efforts nécessaire à progresser, ceux qui veulent atteindre un mieux. Que le don s'il est là, est loin derrière les heures de travail, d'acharnement, et d'études. Et la mère de lui répondre qu'elle comprend mais que quand même... il a un don. 

Bon. Je ne crois pas que j'ai davantage besoin de développer ce point, amis vous l'aurez compris, je suis dans la team du dessinateur. Et je ne crois pas qu'on entretient son "don" en ne le travaillant pas, bien au contraire. 





Tout est une question d'équilibre




5. L'effet tunnel

Pourquoi au contraire? 

Eh bien, à cause de l'effet tunnel. Je le ressens très fort sur ma saga de mafia sur laquelle je bosse depuis des années, et sur laquelle, donc, mon point de vue n'est plus DU TOUT pertinent -et ne le redeviendra sans doute jamais. 

Quand vous passez des heures, des mois, des années à réfléchir sur un sujet et un seul, une idée et une seule, un projet et un seul, vous ne le rendez pas meilleur. A l'inverse, il y a de forte chance qu'au lieu d’abîmer votre plume en écrivant, vous abîmiez vos yeux et votre cerveau en repassant sans cesse sur les mêmes ornières. A force de peaufiner, votre outil (cerveau) va perdre de son tranchant et de son acuité. Je crois très fort qu'il y a un temps limite à passer sur un projet avant de le desservir. Votre regard s'est rétréci, votre champ des possibles s'est réduit, votre marge de manœuvre aussi. LE projet devient un peu plus lourd à chaque tentative. 

Alors après on peut m'objecter que les gens qui produisent peu ne passent pas forcément plus de temps sur leurs bouquins. Certes. Mais franchement, les types qui pondent un bouquin génial tous les quatre ans et rien entre les deux, ils ne sont pas légions, et ce n'est pas mon idéal. Soyons clairs, je me ferais drôlement suer si je devais passer trois ans sans écrire...  



Pour le coup, ce serait là que j'aurais la sensation d'être dans un tunnel... 



6. Plus j'écris... plus j'écris. 

Parce que dans cette idée d'écrire trop, il y a une notion qui m'échappe. Est-ce que les gens qui pensent qu'on risque quelque chose à TROP écrire brident leurs idées? Personnellement, j'en serais incapable, et s'il y a bien une chose que je constate au quotidien, c'est que plus j'écris... ben plus je dois écrire. Plus je développe des idées, plus je les couche sur le papier, et plus de nouvelles histoires se présentent. Plus je créé, et plus la création arrive en masse. 

Les moments où j'ai le moins d'idées sont également les moments où j'écris le moins, parce que le travail au collège me prend trop de temps ou parce que je suis occupé à d'autres choses (arts martiaux, famille, etc...). Généralement, quand je suis dans une démarche de création, il y a un vrai emballement de la machine et les nouvelles idées de romans poussent dans mon esprit comme les champignons après la pluie. Donc si je devais moins écrire... ben je pourrais moins écrire. Cercle vicieux. 

Mais après, peut-être qu'on ne fonctionne pas tous pareils et que certain(e)s collègues ont besoin de temps entre deux romans pour développer un nouvel univers. Chacun sa came, je n'aurais qu'un conseil. Pitié, ne vous frustrez pas! La passion n'aime pas ça. 



Mais on se soigne. 




7. Nourrir Muse plutôt que de la frustrer.

Nourrir Muse se fait rarement dans l'oisiveté. Comme j'ai eu le plaisir de le dire plus haut, mes plus grosses phases de créations et d'imagination se font justement quand je suis occupée à écrire -de préférence autre chose. Pourquoi? Eh bien parce que je suis déjà dans le processus de création, pardi. J'ai ouvert la boîte de Pandore, l'Imagination est en roue libre, et tandis que j'explore les différentes façons de mener mon histoire, des possibilités apparaissent.

Tout est bon pour suivre les chemins de traverse: on travaille sur du fantastique, on croise un dialogue et pop, "tiens mais ça ferait une super base pour une nouvelle de SF!"... ou encore on est dans la recherche d'un lieu précis en référence pour une truc historique et toc, on tombe sur un fait divers qui ouvre un autre chemin pour un roman d'aventure... Bref, vous l'aurez compris: le cerveau n'aime rien tant que la profusion, et dès qu'on ouvre la porte à l'Imagination, elle met le pied dans l'embrasure et vous tient la jambe pendant des lustres.

Si on laisse entrer Muse que de temps en temps, ce phénomène est moins puissant pour la simple et bonne raison que les occasions de partir battre la campagne sont rares. Pour développer des idées, le cerveau a besoin d'être dans un certain état d'esprit. Mais encore une fois, je ne parle que de mon expérience. 



Ray forever. <3 




8. Connais-toi toi-même.   

Et cela m'amène à ce point 8: connais-toi toi-même, comme il était écrit sur le temple d’Apollon à Delphes. Apollon il s'y connaissait en création et en inspiration, mais je m'égare. 

J'entends par là deux choses: la première, c'est que c'est dans la pratique de notre travail que nous découvrons nos tics d'écritures, nos travers, et nos défauts. C'est en écrivant beaucoup, en travaillant dur, en répétant nos erreurs et en les corrigeant que nous progressons. Nous apprenons à dompter l'auteur en nous, à affiner notre style, à nous sermonner quand nous tombons dans nos anciens travers, à reconnaître quand nous sommes mauvais. Mais ça, ça ne vient que dans l'exercice, et la répétition de celui-ci: ça vient avec le travail. Ecrire plus, c'est progresser plus vite si tant est, comme il est dit plus haut, qu'on a à cœur de s'améliorer. Car alors, on trouvera toujours le moyen d'avancer dans notre écriture. 

Mais connais-toi toi-même signifie aussi qu'il faut tester ses propres limites. Il faut aller au bout de ce que l'on est capable de faire, explorer notre propre limite, et reconnaître quand on l'a franchis. Si un jour je finissais un livre et, parce que je dois en écrire un autre, je le posais sur la table de l'éditeur sans en être satisfaite, il y aurait un problème. J'espère bien que ça n'arrivera pas. C'est dans ce cas, et dans ce cas seul, que j'évaluerai que ma production nuit à mes romans. pas avant. C'est à chacun d'entre nous de trouver son rythme de croisière et de produire en conséquences. 



Cette illustration est sponsorisée 
par l'amicale des langues anciennes



9. La démonstration par l'exemple

Je termine ici. Voici certains de mes auteurs préférés. Et tâchez de vous souvenirs qu'il n'ont pas commencé à écrire à 10 ans, quand vous relativisez le nombre de leurs œuvres.  


Ayerdhal - 26 romans, tous meilleurs les uns que les autres

Pierre Bordage - 40 romans, pléthores de nouvelles

Neil Gaiman - 15 comics - 19 romans/nouvelles - je ne compte pas les séries.

Robin Hobb - Plus de cinquante romans/séries publiées sous différents noms.  

Stephen King - Plus de cinquante romans/séries publiées sous différents noms.



Je ne sais pas pourquoi, mais je ne crois pas qu'écrire trop soit un concept qui les touche. J'aimerai bien, un jour, produire autant -et aussi bien- qu'eux. Et si vous avez des doutes, lisez "Ecriture, mémoire d'un métier", de King. Vous verrez que généralement, on écrit -en plus- bien plus que ce qui est publié. Et que le travail et l'acharnement, il peut en parler. 






10. Et maintenant, retournons au travail! Après tout, le Nano n'est pas terminé. 



On se retrouve plus tard

Andoryss




mercredi 16 novembre 2016

Dernière rencontre avant 2017 - Novembre (1)

Bonjour à tous! 

Petite pause au milieu de ce Nano pour vous signaler que je serai au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil le week-end du 3 et 4 décembre. Bon en réalité, vous ne me verrez que le samedi, ayant des obligations familiales le dimanche qui me retiendront loin de Paris. 





Rendez vous donc le : 

Samedi 03 décembre 
Stand Castelmore - Milady - Bragelonne, 
Rez de chaussée, emplacement F30. 

Je serai présente de 16h à 17h, et j'espère vous croiser nombreux! 

À très bientôt! 

Andoryss

lundi 31 octobre 2016

Demain, c'est NaNo - Octobre (3)

Bonjour à tous!

Demain, c'est le premier novembre, et comme à chaque fois en novembre, l'heure est venue pour moi de me lancer (encore) dans la grande aventure du NanoWrimo. Le Nano, c'est le National Novel Writing Month, dont je vous ai déjà longuement parlé ici. C'est un événement mondial que je ne raterais pour rien au monde, et je vais donc cette année encore essayer de remplir le contrat, avec quelques petits ajustements cependant. 



Happy happy !


C'est en 2011 que je fais mon premier Nano. Il s'agissait du deuxième volume des Enfants d'Evernight en roman. Je l'ai fini en 2013, à nouveau pour le Nano. Et manifestement, bien que je me demande encore comment ça se fait, j'ai séché 2012. 

En 2014, j'écris le volume 3 des Loups, ma saga mafieuse que j'écris sur mon temps libre, qui se fait rare. C'est aussi l'année où je décide que je ne ferai les Loups que lors du Nano, pour ne pas empiéter sur mes contrats pros. 

En 2015, je fais quatre Nano: les deux camps d'avril et août, et un double Nano en novembre, qui me servent respectivement à écrire le troisième tome des Enfants d'Evernight, la première puis la seconde partie de l'Architective. et la première partie de mon roman historique. Ce dernier, d'ailleurs, est écrit en 7 jours. J'avais détaillé le pourquoi du comment ici. Et j'avais fait une capture d'écran, parce que je n'y croyais pas moi-même. 




C'était super. Je le ferai plus jamais! 


Un Nano en 7 jours, je ne savais pas que j'en étais capable. Je suis heureuse de l'avoir fait. Mais du coup, quel challenge pour cette année? 

Eh bien cette année, comme prévu, je vais me lancer dans le quatrième volume de ma saga mafieuse, mais mon objectif ne sera pas 50 000 mots. Mon objectif, c'est un jour = un chapitre. 

Comme le roman devrait compter 28 chapitres, ça colle, pour un mois de 30 jours. Et ça me laisse un peu de battement, mais pour avoir fait le Nano les années précédentes, du battement, il y en a besoin. Les trois volumes précédents de la bestiole font en gros 780 K secs, ou 130 k mots. C'est donc un peu plus d'un double Nano que je tente cette année. 



...tu as un mois pour paniquer, ahah. 


Outre le fait que ça fait beaucoup à écrire, je ne suis pas dans les mêmes conditions que l'an passé. En 2015, pour cause de congé patho, j'étais en arrêt et cloîtrée à la maison avec rien d'autre à faire qu'à écrire. Mais cette année, j'ai un mini-moi de quelques mois dont il faut que je m'occupe et qui utilise une grande partie de mon capital temps chaque jour. Je ferai donc de mon mieux, mais ce challenge en est vraiment un. Comme je n'aurais guère le temps de bloguer en novembre pour cause d'écriture intensive, je vous tiendrai au courant sur ce post à la fin de chaque semaine d'écriture. 

Semaine du 31.10 au 07.11  : Démarage en fanfare après une première nuit + journée à 12k mots. Le début du Nano se passe bien, j'ai confiance, et une moyenne de 5k mots par jour. Je fini la semaine à 39k mots environ, ce qui me place à seulement 11k de la "fin" du Nano... mais techniquement, pas encore au tiers du bouquin. 

Semaine du 07.11 au 14.11  : Après un début de semaine difficile (deux jours de grippe), je passe les 50k le 11 novembre. La journée du 14 est une journée off: je n'arrive pas à trouver l'énergie pour écrire. Au final, c'est donc une "petite" seconde semaine de Nano, que je termine à 60k. J'aurais fait moitié moins durant cette semaine 2 que durant la première, mais je suis à la moitié de mon objectif, alors tout reste possible.  

Semaine du 14.11 au 21.11  : Incoming

Semaine du 21.11 au 28.11  : Incoming

Semaine du 28.11 au 30.11  : 
Incoming



Bon Nano à tous, et bon courage! L'essentiel est de dépasser ses limites et de tenir bon. Ne lâchez rien! Rêvez fort!




Andoryss





mercredi 19 octobre 2016

Ecrire pour de bon - Article 1: l'envie et l'idée: - Octobre (2)

Bonjour à tous!

Je reviens tout juste du Festival de l'Imaginaire du Pays d'Aix de Lambesc, où j'ai eu le plaisir d'intervenir auprès de huit classes de collège autour des romans Les enfants d'Evernight et L'Architective. Et lorsqu'on parle avec des collégiens, on en trouve toujours un ou deux, là, dans les rangs du milieu, un peu cachés, un peu souriants, qui ne paient pas de mine et tout à coup vous posent LA question qui vous fait immédiatement comprendre qu'ils écrivent aussi.

Déjà, à vous tous que j'ai croisé la semaine dernière, MERCI. Parce que ça fait du bien de vous rencontrer, et parce que vous êtes les futurs auteurs des livres que je vais adorer demain. Mais pour ça, vous m'avez demandé des conseils et mon avis. J'y avait déjà répondu alors, et j'ai décidé d'en remettre une couche ici, pour tous les autres qui n'étaient pas avec nous. Après tout, tous mes amis auteurs se fendent de conseils sur l'écriture, il fallait bien que ce soit mon tour à un moment. 




La superbe affiche du festival,


Attention, les conseils que je vais donner ici sont plus des conseils théoriques que pratiques. Il ne s'agit pas de méthodes, mais plutôt d'état d'esprit. Pour la méthode, je ferai sans doute une autre note de blog plus tard, sur la construction des personnages, la structure du récit, et toutes ces sortes de choses. Mais on n'en est pas là. Pour l'heure, je veux juste débroussailler le chemin devant l'aspirant auteur, et pointer les pièges. Parce que des pièges, il y en a, qui vous feront trébucher, et qui potentiellement vous feront arrêter d'écrire. Comme c'est justement ce que je veux éviter, on va en parler, et faire en sorte que quand vous tomberez dessus (parce que ça arrivera, aha) vous vous souveniez qu'ils étaient là pour tout le monde et qu'il s'agit d'en sortir pour avancer. Je vous fais confiance pour réussir. Moi, j'y crois. Alors en avant!




Sous vos yeux ébahis, la tête du conseil n°1


1/Commence par finir ce que tu commences

Oui, je sais, ça a l'air débile comme ça, mais pour moi, c'est LE piège. Je cite cet exemple à chaque fois. Dans La Peste, de Camus, il y a l'un des personnages qui est en train d'écrire un roman. Un roman si génial, si merveilleux, qu'il révolutionnera l'histoire des romans. Quand d'aventure on se rend chez ce personnage, les lieux sont pleins de feuilles couvertes de son écriture. Et, pourtant, à un moment on apprend qu'il y a là uniquement des milliers de fois... la première phrase de ce roman. Parce que le personnage n'arrive pas à trouver la formulation parfaite, alors il réécrit sans cesse cette première phrase en espérant parvenir à la version ultime. Et bien sûr, il n'y arrive jamais.

Voilà. Camus vous a présenté le premier piège.

Ne commencez pas sans cesse un roman, ni un nouveau, ni le même. Il faut, à un moment, non pas commencer mais finir. Parce qu'en écriture, ce n'est pas le début qui est dur, c'est le corps et la fin, comme je le disais dans la note de blog précédente. Et il FAUT dépasser ça. "Fight your way through that", comme dirait Ira Glass. Avancez. Refusez de relire ce que vous avez écrit, ne revenez pas en arrière, et avancez. Et avant de corriger, relire, ou commencer autre chose, FINISSEZ. C'est essentiel. Croyez-moi. 






2/Construire son histoire

Bien sûr, on m'a posé la question de l'inspiration. L'idée, quoi. L'idée qui vous guide peut venir de plein d'endroits différents: un rêve que vous avez fait, une association d'idée comme ça a été mon cas pour l'Architective, d'un mot, des paroles d'une chanson, d'une personne que vous connaissez, mais aussi des films que vous avez vu et des livres que vous avez lu. Peu importe en vrai. 

La seule grande vérité, c'est que L'INSPIRATION NE SUFFIT PAS. 

Si vous attendez que l'histoire tombe toute prête sur vos feuilles, vous allez au-devant de grandes désillusions. Une histoire, ça se nourrit, ça se construit, ça se travaille. Posez-vous des questions: quel est le but de mon personnage? Comment fonctionne son monde? Qui s'oppose à ce qu'il réussisse? Tant que vous ne pouvez pas répondre à toutes les questions, vous n'avez pas fini de bâtir votre univers. Vous pouvez commencer à écrire sans, mais moins vous en saurez, plus grand sera le risque que vous n'atteigniez jamais la fin. Au contraire, plus vous en saurez, et plus l'histoire vous paraîtra naturelle. Mais pour ça, il ne faut pas attendre que ça vienne, il faut creuser, réfléchir, inventer, et construire chaque jour un peu plus cette idée que vous avez eue. Quitte à tout changer par la suite; ce n'est pas grave, ce ne sera jamais du temps perdu. 




"Être dans les clous", allégorie



3/Accepter l'imparfait

Vous atteindrez un moment où, en cours d'écriture, vous aurez la sensation d'avoir fait de la m**de. C'est normal, ce n'est pas grave, et ce n'est sans doute pas complètement vrai. Peut-être un peu, mais même si c'est le cas, laissez courir. Vous n'êtes pas en train d'essayer d'écrire un premier jet merveilleusement parfait, ou alors, cette fois encore, vous allez au devant de grande désillusion. Non, vous êtes en train d'essayer de raconter une histoire. Du coup, ça n'a pas d'importance si, la première fois que vous la racontez, elle n'est pas parfaite: vous pourrez la raconter encore par la suite, et l'améliorer à chaque passage.

Le secret pour dépasser ce piège-ci, c'est le lâcher prise.

Laissez courir. Même si votre chapitre ne vous plaît pas, si vous avez la sensation que toute votre histoire est bancale, si vous ne comprenez plus vos personnages, faites vous violence et revenez au point 1: finissez. Le reste, vous verrez plus tard. Acceptez de ne pas faire bien du premier coup. Vous n'en serez que plus fort par la suite. 




L'amour vache. 


4/Aimer ses personnages

Et ça ne veut pas dire forcément leur sauver la peau. Tout ce que ça veut dire, c'est qu'il faut que vous en ayez quelque chose à faire. De chacun d'entre eux. TOUT LE TEMPS. Si au bout d'un moment vous n'en avez rien à cirer d'un de vos persos, il y a fort à parier que le lecteur aussi. Si votre personnage est poussif, qu'il vous agace, qu'il vous fatigue, là encore il y a fort à parier que le lecteur aussi. Et quand vous le lâchez pour en suivre un autre, vous risquez fort de trahir tout à la fois le point 1 de cette série et une autre règle majeure de l'écriture, celle du respect du contrat entre vous et le lecteur.

Vous devez toujours raconter l'histoire depuis le personnage qui agit, qui change le monde et l'histoire: si vous pouvez en changer en cours de route, c'est que ce contrat n'est pas rempli.

Et ça signifie que votre personnage est dispensable... quelle impression est-ce que cela renvoi au lecteur qui se l'est coltiné jusque là? Oui hein, pas terrible. Vous pouvez tuer vos personnages. Vous pouvez les faire souffrir. Vous pouvez les torturer. Mais n'acceptez pas qu'ils ne soient pas intéressants, qu'ils ne soient que spectateurs, ou qu'ils ne servent à rien. Aimez-les, choyez-les et, en conséquences, impliquez-les, sans quoi votre histoire risque de ne pas fonctionner, 



Sisyphe. Qui ne sait pas Google.



5/Sur le métier cent fois remettez votre ouvrage

Quand vous aurez fini le premier jet, quand vous aurez sous les yeux la première version de votre histoire, quand vous aurez dépassé tous les pièges et la ligne d'arrivée, alors il sera temps de recommencer. Pas forcément tout de suite, et pas tout seul. Faites relire votre prose, relisez-la vous-même, annotez, réfléchissez, comparez.

Et quand vous vous sentirez prêts, réécrivez.

Tout ou partie, ce n'est pas la question: la seule chose qui importe, c'est que vous réécriviez pour rendre l'oeuvre meilleure et approcher de près ou de loin cette perfection que vous visez. Votre histoire mérite d'être racontée le mieux possible, alors il faudra sans doute la réécrire plusieurs fois avant qu'elle n'atteignent ce point. Et plus vous écrirez, plus vous écrirez bien. C'est le cadeau que fournit tout travail: on progresse.

Voilà. Dans moins de quinze jours, c'est le NaNo. L'occasion idéale de mettre tout ça en pratique, non?



Bon courage à tous et à très vite.

Andoryss



mardi 4 octobre 2016

Les acrobates du doute - Octobre (1)

Bonjour à tous!


Aujourd'hui, je viens de finir de corriger la nouvelle d'un ami, et tandis que nous discutions sur le sujet et mes commentaires, j'ai pensé qu'il serait peut-être utile de faire tomber un voile. Le processus créatif, qu'il s'agisse d'écrire, de dessiner, et, je suppose, de danser, jouer la comédie, sculpter et tout ce qui s'en suit, est douloureux et se développe sur le fil. Créer n'est pas facile. 

Je vais bien sûr parler davantage des auteurs, parce que là seulement se trouve mon expérience. En tant qu'auteur, j'ai plusieurs compagnons de voyage: l'enthousiasme, l'imagination, bien évidemment, mais aussi un clandestin tapi dans l'ombre: le doute. Le doute et la remise en questions sont omniprésents, depuis le premier mot jusqu'à la sortie du livre et même après, quand il est entre les mains des lecteurs. Le nez dans le guidon, nous relisons ce que nous faisons et nous doutons. Tous. D'où cette note de blog. 

 Nous commençons tous à créer à cause de deux moteurs: l'envie, et l'idée. Généralement, la première est proportionnel à la seconde. Plus l'idée nous fait rêver, plus elle est cool, envahissante, plus on a envie de la faire partager, et plus l'envie de la réaliser augmente. Ces deux moteurs sont nécessaire pour se lancer. Si on n'a pas l'idée, l'envie ne suffit généralement pas, et si on a l'idée mais pas l'envie, tout devient laborieux. Lorsqu'on a les deux, se lancer est facile. Et la première phase d'écriture, je dirais la première moitié d'un projet, en gros, est souvent la plus agréable et la plus exaltante. On pose les base, on rencontre les héros, on découvre l'univers et on est heureux d'avoir commencé. 



"This could make a good story!"


Puis, à mesure qu'on écrit, que l'histoire se densifie et prend forme, le doute sort de l'ombre. La première raison est souvent que, passé la mise en place qu'on a fantasmé vingt millions de fois dans sa tête, on est entré dans les brumes de la suite, celle qu'on avait envisagée, mais jamais regardé en face. Alors ça y est, le héros et la situation sont posés, les enjeux sont clairs (on a fait en sorte de, en tout cas), les méchants sont identifiés, on est à l'aube de poser le pied dans le vide pour se jeter à l'aventure et... et comme notre héros, le doute nous vient. On est tenté de relire son début, pour être sûr, pour peaufiner, plutôt que de sauter le pas. On cherche la flamme qui a animé les sessions d'écriture jusque-là. Puis on saute et on avance à tâtons. On a des grands moments d’exhalation, et d'autres de profonde errance. On est entré dans le processus créatif. 



C'est pour TOUT LE MONDE PAREIL
Qu'on se le dise.


Attention, ça tourne en boucle. Et le but, le but unique quand on réalise un travail de création, c'est de dépasser les points 3 et 4. Rien n'est plus important. Parce que si on s'entête, on dépasse le moment où on trouve que tout ce qu'on a fait est nul (à force de se relire, on ne sait même plus si ce qui nous avait amusé/plu/subjugué est vraiment bien, on peut même en arriver à douter de l'idée, le moteur originel) et alors on peut FINIR. Et rien n'est plus important que ça, parce que quand vous aurez fini, vous aurez un nouveau compagnon de voyage pour tenir le doute en respect: vous aurez l'accomplissement

Ce n'est pas grave de douter. Tout le monde y passe: un jour un peu plus gris que les autres, une remarque mal interprétée, un autre livre qu'on trouve plus génial que le sien, et c'est parti. On se dit que  ça n'en vaut pas la peine, que peut-être on n'y arrivera pas, que si c'est laborieux c'est qu'on est pas fait pour ça, et tout un tas de truc du genre. Il faut bien se mettre en tête que ce n'est facile pour personne: oui, il y a l'idée et l'envie chez tous les auteurs, mais ceux que vous admirez, ceux pour qui ça a l'air simple, ils sont passés par les mêmes doutes que vous. Et ils les ont dépassés. Faites comme eux



Et c'est le moment de ressortir Ira Glass. 
On ne ressort jamais trop Ira Glass. 


Vous voulez être un auteur? Agissez en auteur. Que fait un auteur? Il écrit. Alors, écrivez. Ce n'est pas grave si vous êtes perdus dans les points 3 et 4, écrivez. Dépassez les difficultés, comme vos héros. Vous n'allez pas abandonner alors qu'ils sont dans la panade? Faites comme eux. Soyez héroïques. Avant que vous ayez eu le temps de réaliser ce que vous avez fait, vous serez à la fin et derrière vous se trouvera votre idée, enfin sur le papier. Et peut-être qu'elle ne sera pas à la hauteur de ce que vous espériez. Vous savez quoi? Ce n'est pas grave. Parce que vous pouvez réécrire, et corriger. 

Ce sera plus facile à chaque fois. Une fois que vous aurez contré le doute une fois, il sera moins effrayant quand vous le croiserez de nouveau. Un bon exercice pour dépasser le doute est le NaNoWriMo. Comme il met une deadline sur nos têtes, il coupe le sifflet au doute, qui n'a pas le temps de s'exprimer, et c'est tant mieux. Une fois que vous aurez terminé un livre une première fois, vous saurez que vous pouvez le faire et le refaire sera plus simple. Et vous pourrez reprendre le processus créatif au début. Parce que même si vous êtes très fier de ce que vous avez fait, le doute à vingt millions d'outils à sa disposition. Il ne s'en ira pas comme ça. 



Vous aurez les mêmes doutes, notamment le dernier, là. 


Ah, un détail. Une fois le livre fini, on oublie les moments de souffrance, vraiment. On oublie qu'on a douté. Il ne reste que le plaisir et la fierté. Et c'est tant mieux, ça donne l'énergie de recommencer.   

On se revoit vite, pour parler d'écriture encore, et du Nano qui approche! 




À très vite

Andoryss 









mardi 13 septembre 2016

Cinq ans de parution - Septembre (1)

Bonjour à tous,

Le 31 août 2011, le premier volume de la BD des Enfants d'Evernight sortait en librairie. Pour l’occasion, j'avais pris le temps de créer une vidéo annonce pour pouvoir crier à la face du monde que mon premier livre allait paraître. Cinq ans se sont écoulés depuis... Émotion intacte en cette période anniversaire, et occasion idéale de jeter un coup d’œil en arrière sur le chemin parcouru.  




C'est môa qui l'ai fait!
J'ai jamais recommencé depuis. Trop épuisant. :-P


En cinq ans, la bibliographie s'est étoffée, et les rencontres aussi. Avec la sortie de ma première BD, c'était le début d'une longue collaboration avec David Chauvel, mon éditeur et ami aux éditions Delcourt

Grâce à lui, il y a eu 7 Naufragés, avec Tony Semedo: l'entrée dans la collection 7, et puis la traduction en italien. Puis ce fût la collaboration avec Nesskain, pétri de talent, et l'incroyable aventure du Cercle qui me fit écrire trois fois 90 pages de scénario en moins d'un an. Le Cercle, mon premier comics, qui lui devait poursuivre son aventure en espagnol. Ensuite vint Soufflevent, avec Xavier Collette dont j'admirais le talent depuis si longtemps.

Au total, c'est donc neuf bandes dessinées que j'aurais scénarisé pendant ces cinq années et qui auront trouvé le chemin des librairies. Un joli score, avec presque deux BD par an. Vivement les cinq prochaines années!

Bien sûr, il y a eu des déceptions aussi: Mange-Machine, projet orphelin de son dessinateur. Et puis la décision, terrible et douloureuse, prise cette année de cesser les Enfants d'Evernight en BD. 

Pour moi, qui avait écrit le scénario intégral du volume 3 et terminé à moitié celui du 4, c'est un vrai crève-cœur, mais les délais entre deux albums devenaient trop long pour que Delcourt puisse encore défendre le projet, ce que je comprends. Pour vous, les lecteurs, ce doit être une déception terrible, et je m'excuse d'avoir à vous annoncer cette triste nouvelle. La fin d'Evernight ne verra pas le jour en BD, même si elle est, depuis le mois dernier, disponible en roman. 



La couverture du tome 3 en roman
qui devait être la même pour la bande dessinée.



Du côté du roman, avec la novélisation des Enfants d'Evernight chez Castelmore, c'est une série complète que j'ai pu sortir ces dernières années en collaboration avec la merveilleuse Barbara, amie de longue date et éditrice géniale. Une série qui s'achève, donc, celle qui a tout commencé. Et des héros que je quitte à regret, mais avec le sentiment du travail achevé, les ayant amené tous au bout de leurs chemin. J'ai encore peu de retour sur ce que vous avez pensé de la fin de cette série, mais le tout premier, celui de l'Autre Monde Radio me fait bien plaisir et me donne ce sourire doux et triste pour une fin qui l'est tout autant. 

Mais hauts les cœurs! Pour un groupe de héros qui continuent leur chemin sans moi dans le cœur des lecteurs, c'est tout un tas derrière qui attendent leur tour. 

Avec l'Architective cette année, cela porte à quatre la quantité de romans publiés. Plus deux parutions dans des recueils de nouvelles, qu'il s'agisse du Miroir-Lune dans les Contes du Mondes au éditions du Riez, ou de Lacrimosa dans Les éléments: L'eau chez Griffe d'Encre, je ne m'estime pas malheureuse au niveau éditorial. 

J'espère que ce n'est que le début d'une belle aventure, parce qu'il me reste encore plein d'idées, en BD comme en roman! 



So true


Et il en reste, dans mes bagages de vagabonde de la plume: il y a toujours ma saga de mafia, qui s'enrichira normalement de son quatrième tome pendant le Nanowrimo. Il y a le Sang, cet ancien roman d'Heroic Fantasy que je voudrais réécrire, et l'Eau, celui qui ne demande qu'à être écrit. Il y a mon roman historique en cours, et le nouveau projet jeunesse que je viens de découper. Et ça ce n'est que pour les romans... en BD, j'ai toujours cette série jeunesse qui me tient à cœur et que je voudrais sortir, et puis ce nouveau projet gigantesque sur lequel je travaille... sans parler de Mange-Machine, qui cherche son dessinateur. 


Merci. 
Merci à vous les lecteurs, qui avez suivi ces histoires, qui les avez aimé, qui rendez ce rêve possible. 

Donnez-moi encore cinq ans. Retournons à l'aventure ensemble. J'espère que vous prendrez plaisir longtemps à voyager avec moi et je ferai de mon mieux pour vous emmener le plus loin possible. 

A très bientôt.

Andoryss